mardi 9 février 2016

Comme un germe d'espoir (Haïti 2010)

Je marche dans les décombres. Du bois, des cendres, du fer tordu. Des cris brisent un air irrespirable. Des cris de dessous qui s’éteignent parfois. Des enfants, des femmes, tentent de soulever des pierres plus lourdes que leurs propres vies, plus lourde que le monde qui les regarde faire. La poussière n’est pas encore retombée. 

Je suis un vieil homme aux yeux pâlis par les années. Mes os se rouillent, ma peau est sèche, mes lèvres aussi de n’avoir pas goûté l’eau depuis si longtemps. Ma famille est en dessous, figée dans le silence de la mort. C’était il y  presque un an. 

Aujourd’hui rien n’a vraiment changé. Les gravats dans les rues. Des enfants sans école jouent en courant dessus. La maladie nous guette désormais. Fulgurante, insidieuse. Des hommes venus de pays riches font ce qu’ils peuvent pour nous aider. D’autres sont rapaces haïssables. D’autres encore se disputent un suffrage douteux auquel personne ne croit vraiment. 

Alors moi, la nuit, je mens. 

Je parle dans la ville, partout. Aux seuils des maisons en planches et en toiles. Sur les places entourées d’ombres noires. Devant les dispensaires mouroirs. Je dis que les temps meilleurs vont venir. Que la ville va resurgir de ses ruines. Que notre peuple est chéri de Dieu. Que les jeunes ont un avenir. Je dis que notre enfer sera un paradis. Qu’Haïti, mon pays de poésie est immortel. 

Je suis fou peut-être, mais de temps à autre, le regard d’un enfant s’allume et l’espoir pousse un peu la porte de son âme.


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