Affichage des articles dont le libellé est Iconoclastie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Iconoclastie. Afficher tous les articles

mardi 5 juillet 2016

Il a dévalé la colline ...

Il a dévalé la colline. Ses pieds faisaient rouler des pierres.
Il s’arrêta, légèrement essoufflé et commença à réfléchir à haute voix :

- Il est gentil l’autre là avec ses cornes. Il me balance sur une montagne, me montre des trucs pas croyables que j’en suis encore tout rouge de confusion et puis il se barre, cool, tranquille comme Baptiste … enfin, c’est une façon de parler.
En vérité je vous le dis,  il m'a vraiment tenter, mais j'ai su résister ... Yesss !!

Bon je dois résumer la situation : je suis en plein désert, pas un chameau à l’horizon. Mon Père, faut pas en parler, à cette heure là il doit être à l’apéro avec les membres du club des créateurs dépressifs … va falloir que je me débrouille tout seul … encore une fois !!!

J’avais bien fait un peu de trigo à la Star’Ac … c’est le nom de l’école sup’ là-haut … ça fait une paye mais j’ai une bonne mémoire paraît-il … Donc, une sérieuse triangulation, une étoile qui tient la route, je trace les vecteurs … c’est facile dans le sable, je vous dis pas … le nord géographique il doit être par là … je vérifie les azimuts … Tiens ça me fait penser à l’autre cornu : bien azimuté le gonze ! Enfin, je peux rien dire, c’est un ex pote au dabe !

Logiquement, là, en bas de cette fichue montagne, un poil à gauche, je devrais retrouver la route des caravaniers. Je vais y aller à pied, tiens, ça me videra la tête. Avant, on sait jamais, je vais jeter un coup d’œil sur mon programme au cas où il y ait une vague indication. De toute façon j’ai largement le temps … La vache, il m’a pas raté le très haut, surtout sur la fin … Et puis, toujours pas un mot, que dalle ; il le sait pourtant que je suis paumé. Hé ho, Eli, Eli lama sabachthani, c’est pas pour maintenant, mais on peut rêver, non ? … De toute façon, répondra pas, alors …
… / …
Et zut, encore raté … mais c’est par où la sortie nom de Lui … Ah ben tiens la mer. C’est pas Tibériade, je reconnaîtrai, le Jourdain non plus c’est trop large. Ce doit être la Mer rouge … Il m’a vraiment emmené au diable, l’autre …

Ben va falloir que j’en fasse le tour. Je vais pas marcher sur l’eau tout de même, hein …
Quoique … ce sera ma meilleure façon de prendre le temps de vivre.


jeudi 7 avril 2016

Un retour mouvementé

Aube immaculée, longue barbe blanche inspirant inévitablement le respect, le chef de chœur attendait que le calme s’installât
Sa voix puissante retentit alors :
- Bon, alors, c’est d’accord. tout le monde sait ce qu’il a à faire et connaît sa partie ?
- oui répondit le chœur en chœur.
Les Séraphins, les Vertus et les Chérubins assuraient les voix de soprano, les Principautés, les Trônes étaient les alti et les ténors, les Archanges les barytons et enfin, les Dominations et les Anges les voix de basse.
- alors, il arrive ? Demanda le chef à l’attention de l’huissier.
- oui, oui, le voilà.
- allez, 1, 2, 3 :
- happy birthday to you
happy birthday to you
happy birthday to you, Jésus
happy birthday to you

Le ciel tremblait de ces milliers de voix cristallines ou puissantes.
Jésus les regarda, hagard. Dans son linceul blanc, il paraissait encore plus pâle. Ses mains et ses pieds transpercés, son côté traversé par la lance du soldat le faisaient encore souffrir

- bon 33 ans, mon fils, fit le chef.
- mais nom de Toi, qu’est-ce que c’est que ce cinéma. Ca fait plusieurs jours que je te prie, que je t’appelle à mon secours. Que dalle. On peut crever la bouche ouverte. Rien, pas un ange, pas un archange. Gaby qu’est-ce que tu foutais, nom de nom ?
Le Gaby en question regardait le sol, à moitié caché dans ses immenses ailes.
- pour les missions facile genre parler à ma mère, t’es là, droit dans tes bottes, OK. Mais pour le coup de main, merci !
Le chef reprit :
- Mais mon fils, on préparait ton retour.
- Tu te fous de moi. T’as pas vu le bordel que c’est en bas. Tu t’occupes à faire chanter les évaporés et moi, j’peux me brosser. Merci !
- Parles pas comme ça. Tu sais bien que tout le monde est à ta dévotion ici.
- Ben on dirait pas. J’ai morflé j’te raconte pas
- Mais c’est pour le salut des hommes.
- Si tu t’en étais occupé un peu mieux depuis le début, ils en seraient pas là. Bon allez, j’vous en veux pas à vous tous ; j’vous aime bien au fond.

Un colossal soupir de soulagement écarta les nuages. Des conversations murmurées reprirent même.
- pas facile le fils du boss.
- qui a dit ça ? Qui a dit ça ? Hurla jésus.
- c’est moi, fit la petit voix de l’huissier.
- alors toi, je t’avertis : y a un mec qui va pas tarder à débarquer et qui va superviser ton boulot. Tes dossiers on intérêt à être en ordre, sinon va y avoir avis de tempête, c’est moi qui te le dis. J’ai l’impression que n’importe qui est entré ces derniers temps.

Jésus gratifia la cantonade d’un regard noir.
- Je vais me pieuter. J’suis mort, tiens et pas encore ressuscité !. Et dans trois jours j’y retourne ! Y’a une bande de nases là bas ; j’sais pas comment je vais me débrouiller avec tout ça. Allez, ciao et merci à tous quand même …
- Et ton cadeau ; t'ouvres pas ton cadeau ?
- C'est quoi ? fit Jésus vaguement inquiet.
- Une perceuse/visseuse ... désolé, j'pouvais pas prévoir.
- Non mais vraiment ... J'crois plus en rien moi, tiens !

Il remarqua sur son épaule une coccinelle qui l’avait sans doute accompagné depuis la terre. Il la prit délicatement sur le bout de l’index et la regarda s’envoler, un peu ému :
- Toi au moins t’es fidèle, une vraie petite bête à Bon Dieu.

- Fiston ?
- Quoi encore ?
- T’as pas soufflé les bougies, je comprends, mais tu prendras bien un peu de gâteau quand même. Ou alors je t’en garde pour demain matin.
- On verra. C’est quoi ton gâteau ?
- Au début j’avais pensé à faire celui aux fruits de la passion. Et finalement j’ai opté pour celui avec le Nutella.
Jésus sourit.
- Avec le Nutella ? bon alors d’accord !



jeudi 4 février 2016

La peau de l'ours


Livre de l’Iconoclastie
Chapitre jesaispluscombientième

Et Dieu trouva que cela était bon.
Cependant, il grommelait en lissant sa longue barbe. J’aurai mieux fait de créer d’abord le rasoir à 5 lames et l’aftershave, nom de moi-même ... Mais qu’est-ce que j’ai bien pu foutre de mon business plan et du climbing book qui va avec ... J’aurais aussi dû commencer par créer la secrétaire, et le dessous de bureau, tiens !
Ah, le voilà ce divin carnet. Alors : que la lumière soit ... c’est fait. Séparée des ténèbres, fait. Le soir, le matin, faits aussi. Les eaux, la terre, le ciel ... faits. Les arbres, les plantes, les fruits, les fleurs ... OK. Les lampadaires, les appliques pour éclairer la nuit et le jour. Bon c’est un peu n’importe quoi, mais ça les occupera. J’sais pas qui sont encore les « les » mais c’est en train de murir dans mon esprit divin.
Donc à présent, on est le cinquième jour (c’est dingue comme le temps passe depuis que je l’ai créé). Je tiens mes objectifs. Y a intérêt vu l’énormité de l’investissement. Aujourd’hui c’est les bestioles. Des milliards d’espèces que je vais coller dans l’univers. Pas univers, mais multivers plutôt. Des univers parallèles qui se croisent mais ne se rencontrent jamais. Va leur donner du fil à retordre aux « les ». Enfin lorsque j’aurais créé le fil bien évidemment. Tiens le soir tombe. Bon au dodo et demain, je crée un personnage à mon image.

A l’aube du sixième jour, Dieu était en plein forme. La nuit lui avait porté conseil, et réciproquement.
Ses rêves lui avaient permis de concevoir les êtres qui allaient peupler la terre, et le créer lui-même. Et ça, c’est vraiment, vraiment balaize, pensa Dieu : créer quelqu’un pour pourvoir exister. Au boulot ! 

Dieu prit un peu de terre, et façonna de ses mains l’Etre. Celui-ci, s’ébroua, secoua sa lourde tête, huma l’air en faisant frissonner ses narines et poussa un grognement colossal. Dieu vit que cela était bon. Il le baptisa « grizzli » et créa la sieste en se calant dans la fourrure docile de l’ours magnifique. Autour d’eux des milliards d’animaux, d’insectes, de paramécies, de virus et d’acariens jouaient comme des fous dans le silence car Dieu n’avait pas encore créé le bruit.

Un léger toussotement le tira de son sommeil divin. Devant lui, un être nu se tenait sur ses deux pieds et présentait un sourire gêné. T’es qui toi, dit Dieu. Ben je suis celui que tu as créé à ton image. N’importe quoi. C’est Grizzli, là, qui est à mon image. Sauf ton respect, Dieu, mais tu devrais créer le miroir. Juste pour te rendre compte. Pas con, dis donc. Dieu se concentra et une superbe psyché se matérialisa devant lui. Merde alors, mais t’as raison, c’est toi qui me ressembles. Mais tu sors d’où ? A la vérité, tu avais laissé un peu de la terre qui t’a permis de créer la chose énorme et malodorante sur laquelle tu somnolais. Et puis un grain de poussière en appelant un autre, je suis né. Au passage, je m’ennuie déjà. Alors si tu pouvais créer une gonzesse ce serait assez cool. Une ? Une gonzesse, une nana, une meuf, une belette, une greluche, une poulette, un colis, une bombasse quoi. 

Dieu apposa ses mains sur le front de l’être, qui s’endormit. Il préleva une côte et fabriqua la merveille absolue de la nature. Il restait un peu d’os et le donna à Grizzli qui lorgnait sur la chose. Puis il secoua l’être. Alors, kèst’en penses mec ? Tain, elle a l’air grave bonne. La merveille regarda autour d’elle, aperçut un serpent et s’écria « chouette un sac à main ». Puis elle vit l’ours, le toisa et murmura « chouette un manteau de fourrure ». Puis elle prit la main de l’homme et lança « bon alors on baise, ou bien ? ». Yes fit l’homme ; mais doucement, c’est la première fois quand même.

Dieu devint vert de rage. Si vous ne pensez qu’à ça alors barrez-vous. Quittez le jardin d’Eden. Je garde près de moi Grizzli, l’ours superbe et généreux qui sera définitivement et pour les siècles des siècles le symbole de la nature sauvage et indomptable.

En passant la grille du jardin l’homme se retourna et lança furieux au quadrupède, « j’aurais ta peau, un jour. Je l’aurai. »